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Psychologie et psychanalyse au service de l’enfant

 

PSYCHOLOGIE, PSYCHIATRIE ET PSYCHANALYSE : HISTOIRES CROISÉES

 VENDREDI (14H.-16H.)  Lieu du séminaire : Centre Alexandre Koyré, 27 rue Damesme 75013 Paris (5° étage).

Métro Tolbiac : Ligne 7 – Bus 62 ou 47.

13 NOVEMBRE 2015  : Jean-Christophe COFFIN (Université Paris 8-CAK), Psychologie et psychanalyse au service de l’enfant : l’exemple d’Ernst Papanek (1900-1973).

Causalité psychique ?

Une causalité psychique ?

André Green essaye de mettre en avant le concept de causalité psychique. L’intention de Green de donner une unité et une légitimité au psychisme est louable, mais elle n’est pas servie par le moyen employé. L’idée d’une causalité psychique est contestable pour de nombreuses raisons. D’une part, parce que le concept de causalité est problématique et critiquable. D’autre part, parce qu’il est inadapté lorsqu’on aborde des domaines de haute complexité, même dans les sciences naturelles. Enfin, parce que le psychisme dans son ensemble n’a pas d’unité. Il est double présentant à la fois des aspects neurobiologiques et représentationnels, chacun ayant des lois propres.

Si l’on prend chacun de ces domaines, les explications possibles les concernant ne sont pas envisageables sous l’espèce de la causalité. Le représentationnel a un fonctionnement qui lui est spécifique et qui n’a strictement rien à voir avec la causalité. Il comporte des processus, des enchaînements représentatifs, qui lui sont propres. Lacan évoque l’identification et le jeu des imagos à titre d’exemple de causalité psychique[1]. Il y a bien là une forme type de détermination psychique, mais elle n’a rien à voir avec la causalité. C’est typiquement une détermination représentationnelle. Les systèmes neuronaux concernés sont de haut niveau, ils sont hypercomplexes, influencés par des flux hormonaux, ils permettent des équilibres signalétiques qui ne peuvent pas être compris en termes de causalité. Parler de causalité psychique et une erreur qui donne une fausse idée de ce qu’est le psychisme.

Une des critique épistémologique de la psychanalyse[2] serait qu’elle échoue à fournir une théorie causale dans son domaine. Cela a donné lieu à diverses discussions[3]. Sur ce point, on peut montrer de manière détaillé que Freud, au début de ses travaux (1886 à 1896), en partant d’un schéma étiologique causal reliant événement et symptômes, en vient précisément à intercaler entre les deux ce qu’il nomme de manière floue le « sens », la « logique », un enchaînement de « représentations » ; ce qu’on peut unifier sous le concept de fonctionnement représentationnel du psychisme. L’événement, cause originelle n’est pas la cause agissante. Cette dernière est le souvenir remanié, qui entretient un lien symbolique compréhensible par le jeu des représentations qui le concernent (en particulier par le refoulement de celles qui sont inconciliables avec les autres). Pour comprendre l’effet pathologique actuel des événements (traumatiques ou pas) du passé, il faut nécessairement passer par les représentations inconscientes du patient.

Nous avons là le schéma cadre de la psychanalyse qui se met en place. Les événements sont relayés au niveau psychique, ils sont transformés par la dynamique représentationnelle et pulsionnelle au cours du temps (d’où les effets d’après-coup), et c’est ce qui détermine les symptômes et autres aspects décrits par la clinique. Il n’y a donc pas de lien causal direct entre évènements et conduites, mais une relation médiatisée par le psychisme. Cette relation est explicable par un enchaînement nécessaire et régulièrement retrouvé. La conséquence en est que les effets constatés (conduites et symptômes) sont acquis et donc par là potentiellement curables par le traitement psychanalytique. Ce schéma cadre n’est pas valable pour tous les aspects pathologiques. Certaines pathologies sont innées, issus d’un déterminisme génétique relayé au niveau neurobiologique. Dans ce cas, on ne voit pas comment la psychanalyse pourrait avoir une efficacité. Il y a là un enjeu pratique majeur en psychiatrie. On ne peut pas traiter de la même manière des pathologies qui ont une origine relationnelle acquise médiatisée par le représentationnel, et celles qui ont une origine génétique innée médiatisée par le neurobiologique.

Le reproche d’une absence de démonstration causale que l’on fait à la psychanalyse n’est pas légitime, car une telle démonstration ne peut exister. La détermination passe par l’intermédiaire du psychisme et, au sein du psychisme, il n’y a pas d’enchaînements causaux, ni au niveau neurobiologique, ni au niveau représentationnel. Le déterminisme concernant le niveau représentationnel n’est pas causal, il suit les divers modes sommairement indiqués au chapitre huit. Une conséquence majeure de l’autonomie ontologique du niveau représentationnel (qui est l’objet de cet ouvrage) est son autonomie nomologique. Nous affirmons qu’Il est légitime de considérer un déterminisme représentationnel et d’en étudier le déroulement spécifique. La psychanalyse ne fournit pas d’explication causale, sauf au sens vague d’un rapport nécessaire entre les évènements de la vie sociale et relationnelle, le psychisme et les conduites actuelles. Le déterminisme psychique allégué par Freud, auquel nous souscrivons, « sert à nier qu’on produise des représentations psychiques au hasard »[4] écrit Pierre-Henri Castel. En effet, elles se produisent selon des modes représentationnels tout en subissant l’influence des instances psychiques. C’est de ce jeu combiné que naît le déterminisme à l’œuvre et dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’est pas simple.



[1] Lacan J., Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p. 188.

[2] Castel P-H, À quoi résiste la psychanalyse ? Paris PUF 2007, p. 7.

[3] Grünbaum A., Les fondements de la psychanalyse, Paris, PUF, 1996, p. 108-110.

[4] Castel P.H., À quoi résiste la psychanalyse ?, Paris, PUF, 2007, p. 24.