Psychisme  Thérapeutique

Syndrome métabolique

Patrick Juignet, Psychisme, 2011.

Les études cliniques montrent que les traitements par psychotropes favorisent la prise de poids et amènent une modification du métabolisme glucidique et lipidique. Que faire par rapport à cela ?


PLAN


1/ Généralités

L'alerte a d'abord été donnée pour les personnes atteintes de schizophrénie qui ont une espérance de vie réduite en raison d'une mauvaise nutrition, de la sédentarité et du tabagisme. Mais ce problème concerne toute la population présentant des troubles chroniques.

Les mauvaises habitudes hygiéniques sont aggravées par le traitement par neuroleptique qui favorise la prise de poids et modifie le métabolisme des glucides et des lipides. Les antidépresseurs de type sérotoninergiques ont une action similaire. 

L’ensemble des désordres pondéraux, tensionnels, glycémique et lipidiques constatés est souvent regroupé sous le terme de « syndrome métabolique ».

Les conséquences pathogènes sont :

- l'apparition d'un diabète y compris de type 2 insulino-résistant et ses conséquences pathologiques variées.

- l'apparition d'une dyslipidémie qui entraîne une athérosclérose puis ses conséquences telles l'infarctus du myocarde et les accidents vasculaires cérébraux.

-  L'obésité qui favorise ou aggrave l'arthrose. 

 

2/ Avant la mise sous traitement psychotrope

 

Avant la mise sous traitement psychotrope et tout particulièrement les neuroleptiques deux types d'actions sont utiles :

Faire un bilan

- Faire un bilan clinique avec en particulier mesure du périmètre ombilical, mesure de la pression artérielle, poids, recherche de souffle artériel, calcul de l’IMC  = Poids (kg) / Taille2 (m).

- Rechercher des troubles métaboliques préexistants.

- Regarder si un autre traitement médicamenteux en cours n'interfére pas déjà avec les métabolismes glucidique et lipidique.

- Interroger le patient sur son hygiène de vie : habitudes alimentaires, activité physique, consommation d’alcool, toxicomanie, tabagisme.

- Pratiquer un bilan biologique :  dosages à jeun du cholestérol (total, LDL, HDL), des triglycérides, et de la glycémie.

Rappel des taux normaux:

- Glycémie à jeun 0,7 à 1,1 g/l
- LDL- cholestérol < 1,60 g/l

- HDL- cholestérol > 0,40 g/l

- Triglycérides < 1,50 à 2 g/l

Faire des recommandations au patient et à son entourage

Si des anomalies sont détectées avant la mise sous traitement, le praticien peut orienter le patient vers un spécialiste pour une prise en charge adaptée.

Dans tous les cas, il convient de recommander aux patients d’adopter un régime alimentaire équilibré, de pratiquer une activité physique régulière et, s’il y a lieu, de diminuer la consommation d’alcool et/ou de tabac. Ces recommandations sont généralement peu suivies, compte tenu de la gravité de la maladie.

Le but est de préparer le suivi au long cours.

3/ Pendant le traitement

Il convient d'instaurer une surveillance

Cette surveillance concerne  :

LA PRISE PONDERALE 
Il est recommandé de contrôler le poids après 1 mois et 3 mois de traitement, puis trimestriellement. Cette surveillance pourra être plus fréquente si la prise de poids est rapide et importante. Une prise de poids de + 7%, surtout si elle est rapide, doit le conduire à vérifier l’absence d’un diabète. 
 
  LA GLYCEMIE 
Il est recommandé de doser la glycémie après 3 mois et 12 mois de traitement, puis annuellement.  Le prescripteur est invité à interroger, dans l’intervalle, le patient sur la survenue éventuelle de symptômes évocateurs d’un diabète. Des dosages plus fréquents peuvent être nécessaires en fonction des données cliniques, des antécédents familiaux ou de la glycémie initiale.  La clozapine (Leponex*) et l'olanzapine (Zyprexa*), semblent plus favoriser le diabète que les neuroleptique classiques.
 
LES LIPIDES SANGUINS
La pratique d’un bilan lipidique (cholestérol total, cholestérol LDL, HDL, triglycérides) est recommandée 3 mois après l’instauration du traitement, puis après 5 ans en cas de bilan normal, ou plus fréquemment s'il y a une prise de poids.
 
LA PRESSION ARTERIELLE
Il est recommandé de contrôler la pression artérielle après 3 mois de traitement, puis une fois par an. La fréquence peut être plus importante si c'est  cliniquement indiqué.

Mesures pratiques

D’une manière générale, en cas d’anomalies détectées pendant le traitement, il faut à nouveau tenter de faire appliquer des règles hygiéno-diététiques, ce qui est toujours difficile.

S'il y a un trouble biologique avéré il faut orienter le patient vers un spécialiste (endocrinologue, diabétologue) pour une traitement compensatoire .  

En début de traitement, on peut tenter de changer de molécule pour en trouver une qui aura moins d'effets métaboliques, mais le bénéfice par rapport à une éventuelle déstabilisation de l'état psychique doit être bien pesé.

4/ Conclusion

Il est certain que les neuroleptiques et dans une moindre mesure d'autres médicaments psychotropes favorisent le "syndrome métabolique" déjà amorcé par la mauvaise hygiène de vie et les conditions sociales défavorables. C'est l'un des enjeux thérapeutiques que de lutter contre ce syndrome.




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