Psychisme  Société

La neuropsychanalyse

Patrick Juignet, Psychisme, 2011.

La psychanalyse est née de l’effort d’un médecin neurologue pour comprendre et traiter des maladies qui semblaient neurologiques, mais échappaient à la neurologie. Freud (faut-il le rappeler ?), après avoir inventé la psychanalyse, n’a jamais répudié ni la neurologie, ni la biologie en général.

À partir des années 1950, neurosciences et psychanalyse ont divergé, pour des raisons idéologiques et sociologiques, et la psychanalyse a été enrôlée de force du côté philosophique et littéraire. Actuellement le courant s'inverse. On peut situer le moment charnière en 1998, année où Eric Kandel, prix Nobel de médecine, a soutenu que neurobiologie et psychanalyse étaient compatibles.

Est-il nécessaire pour autant de créer une discipline mixte et d’appeler « neuropsychanalyse ce que d’autres appellent une attitude intégratrice ?, demande Boris Cyrulnik dans un éditorial d’avril 2010. Il répond par la négative. La question est la suivante : la bonne voie est-elle d’intégrer la psychanalyse (dans son étroit courant scientifique) aux sciences connexes, ou bien faut il fonder une discipline intermédiaire qui serait la neuropsychanalyse ?

Nous citerons à ce propos un paragraphe du rapprot collectif de l'INCERN (2004) sur l'évalution des psychothérpies "De façon très résumée, la théorie et la pratique ont toujours été indissociables dans l’approche psychanalytique. La théorie a été influencée par de multiples champs de la connaissance, mais la clinique est restée le cadre dans lequel elle pouvait se confronter et progresser. Il est à noter que les données actuelles issues des neurosciences ouvrent la possibilité d’un dialogue entre cliniciens et chercheurs dans lequel l’analyse des trajectoires et des processus aura une place majeure (Kandel, 2002)."

Il est peut-être idéologiquement utile de marquer cette réorientation par un nom bien défini tel que "neuropsychanalyse". En effet, nous avons subi, à partir des années 1960, une dualisation aussi forte qu'abusive de l'humain, qui a plaqué le psychisme du côté de l'esprit en engagé la psychanalyse dans des discours philosophico-littéraires étrangers à sa vocation. La résolution du problème serait de sortir du dualisme. Le psychisme tel qu'il a été désigné par Freud comme objet d'étude de la psychanalyse, n'est pas le langage, ni le mental et encore moins l'âme ou l'esprit. C'est une entité spéculative construite pour expliquer la clinique. Freud est d'ailleurs toujours resté flou sur sa nature. Pour notre part, nous défendons l'idée que le psychisme est mixte, à la fois neurobiologique et représentationnel (voir Le psychisme).

A notre avis, l'affaire est surtout social et culturelle. Les forces sociales et la tendance idéologique a emporté les recherches sur le psychisme vers la spéculation littéraire. Le retour de balancier à malheureusement jeté le bébé avec l'eau du bain et tenté de mettre la psychanalyse aux oubliettes.

Parmi les défenseur de cette approche on trouve François Ansermet, pédopsychiatre des Hôpitaux universitaires de Genève, et Pierre Magistretti, neurobiologiste lausannois. Un interview  précise leur orientation (que nous partageons dans psychisme):

"Freud était en fait un neurologue, qui essayait avec les outils scientifiques de son époque d’échafauder une théorie globale du fonctionnement cérébral. Il était au fait des découvertes scientifiques, un peu comme si les psychiatres aujourd’hui lisaient quotidiennement Science ou Nature. Freud lui-même disait qu’il voulait fonder la psychanalyse comme une médiation entre le biologique et le psychique. C’est-à-dire de trouver comment chacun d’entre nous se construit, avec d’un côté le vivant, qui nous constitue à la naissance, et de l’autre le monde tel qu’il est. Les deux entrent en contact. Le corps avec l’histoire de la famille, les symboles, la langue, la culture. Et Freud cherchait à fonder cette perspective biologiquement. Mais la science de son époque ne lui permettait pas de réaliser ce lien. Il a donc été «obligé» de spéculer, de construire une théorie globale du cerveau et du psychisme.

Mais en tout cas, chacun en restant dans son champ scientifique, nous avons repris le fil de l’interrogation freudienne autour de cette question de la trace, qui se situe précisément à la frontière entre neurobiologie et psychisme.

Le texte complet de l'interview  :

http://www.migrosmagazine.ch/societe/entretien/article/nous-sommes-determines-a-etre-libres

La fondation agalma :  www.agalma.ch


Bibliographie : 

Ouss L., Golse B., Georgieff N., Widlocher D., Vers une neuropsychanalyse ?, Paris, Odile Jacob, 2009.

Cyrulnik B., « Neuropsychanalyse ou neurologie et psychanalyse ? », Neuronale, N°43, Mars 2010.

Juignet P., La psychanalyse ; Histoire des idées et bilan des pratiques, Grenoble, PUG, 2006.



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