Psychisme  Clinique

Les maladies multifactorielles évolutives

Patrick Juignet, Psychisme, 2012

Notre parti pris de privilégier l'étiologie dans la classification des troubles psychiatriques conduit à individualiser la catégorie des maladies multifactorielles.  Il s'agit de maladies au sens classique du terme avec une étiologie, un dysfonctionnement biologique, une évolutoin typique, mais qui dépendent de facteurs multiples et encore mal connus.

Le principe de constitution de cette catégorie

Les données récentes en neurobiologie amènent à penser qu'il existe des distorsions du psychisme sous l’influence de modifications neurophysiologiques mal déterminées à l’heure actuelle, mais en partie d’origine génétique et peut-être dues à des influences ayant eu lieu pendant la vie intra utérine.

Dans ce cas le primum movens étiologique est neurobiologique. Il y a des facteurs environnementaux mais le processus évolue surtout selon une dynamique propre. Le tableau clinique apparaît à un âge donné et évolue de manière stéréotypée. Ces maladies sont multifactorielles dans la mesure où l'environnement sous une forme biologique (toxique, infectieuse, alimentaire, etc.) ou relationnelle, intervient également.

La catégorie "maladie multifactorielle" inclut les cas où les distorsions neurobiologiques sont prédominantes dans les modifications psychiques constatées. Le fonctionnement psychique est dans ce cas toujours gravement perturbé.

Le résultat : six groupes

Les démences
C'est le cas le plus net. Les démences aboutissent à une diminution du nombre de neurones actifs et les tableaux cliniques sont en rapport direct avec la détérioration neuronale.
La plus connue est la maladie d'Alzheimer. Elle est due à d'un peptide nommé bêta-amyloïde dont l'accumulation finit par détruire les neurones. On individualise aussi la maladie de Pick, et les démences d'origine vasculaire.
 
Les schizophrénies
Les tableaux cliniques sont divers, mais tous montrent une dissociation dans la sphère affective, intellectuelle et psychomotrice. Dans certaines formes s'ajoute une expérience hallucinatoire et délirante et dans d'autres c'est le retrait autistique domine. Sur le plan neurobiologique on a constaté une diminution d'activité du cortex préfrontal. Le facteur génétique qui est très complexe est cependant certain. Il demande l'intervention de facteurs environnementaux mal connus. L'efficacité des traitements chimiques (neuroleptiques) sont en faveur d'une distorsion biologique. Au vu des recherches actuelles, celles-ci concernent principalement deux systèmes centraux interdépendants dopaminergique et glutaminergique.

Les autismes précoces
D'apparition précoce, l'autisme se manifeste par un refus du contact relationnel. On incrimine un retard de maturation cérébrale avec des conséquences en cascades qui aboutissent à des anomalies du cervelet et à une augmentation du volume cérébral. Les facteurs génétiques sont certains mais complexes et leur analyse statistique suggère l'intervention de facteurs environnementaux.

Les maladies maniaco-dépressives ou troubles bipolaires
On a les mêmes arguments que précédemment. Ces troubes se manifestent par un tableau clinique caractéristique et très stéréotypé que l'on peut associer à certains facteurs génétiques. L'une efficacité des traitements chimiques est certaine.  Les aspects neurobiologiques sont mal connus.

Les maladies hallucinatoires chroniques
Nous les plaçons ici par analogie avec les autres car elles ont la même allure, mais on n'a pas de données précises à l'heure actuelle.

Autres apellations

Un certain nombre de ces affections sont qualifiées de psychose. On doit à Ernst von Feuchtersleben (1845) la paternité du terme de psychose. Il s'agit de « maladie de l'esprit » (Seelenkrankheit), par opposition aux névroses, maladie nerveuse « du sentiment ou du mouvement qui sont sans fièvre » (William Cullen, 1776). Ainsi se créa  un couple d'opposition entre psychose et névrose, qui s'inversa au XXe siècle. De nos jours psychose semble qualifier les troubles graves et déréalisants.

Le DSM 4 et la CIM 10 n'utilisent pas le vocable de psychose et répartissent ces affections entre les troubles dissociatifs et les troubles de l'humeur.

Dans Psychisme nous avons réservé le terme de psychose aux personnalités organisé sur un mode archaïque du fait de graves distorsions relationnelles. 

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