Psychisme  Méthodologie
 

LE  PSYCHISME

Patrick Juignet, Psychisme, 2011.

Nous allons présenter la conception du psychisme adoptée dans la cadre de la psychopathologie psychanalytique par une suite de deux articles qui se complètent mutuellement.

1/ Situer le psychisme

2/ Le modèle proposé

 



1/ SITUER LE PSYCHISME


Une définition du psychisme

En psychopathologie, la clinique permet d’établir des faits, et la théorie cherche à en donner une explication rationnelle. Cette explication, dans le champ de la psychopathologie dynamique (psychanalytique), se synthétise en un modèle du psychisme, souvent nommé la structure psychique. La question que l'on peut se poser est la suivante : de quoi cette structure est-elle le modèle ? La réponse n'est pas simple.

Freud est toujours resté flou sur la nature du psychisme. Ce n'est pas sans raison. Il y a un obstacle majeur à cette définition, car le psychisme est une entité mixte au sein de laquelle les aspects neurobiologiques et représentationnels sont intimement mêlés. Il est donc impossible de lui donner un statut ontologique unifié.

Nous sommes donc amenés à le définir de la manière suivante  :

1/ On admet qu'il existe une entité complexe repérable en chaque individu humain.
 
2/ Cette entité génère les conduites, traits de caractères, relations, sentiments, symptômes, etc., présentés par chaque individu et repérées par la clinique.
 
3/ Il est possible de construire un modèle théorique de cette entité à partir des faits cliniques.
 
4/ L'entité est mixte, elle comporte à la fois des aspects neurobiologiques et cognitivo-représentationnels qui, parfois, ne sont pas toujours départageables.

5/ Elle a une architecture, une forme définie, qui dépend de facteurs acquis relationnels, éducatifs, sociaux, et de facteurs biologiques et neurophysiologiques. Cela se traduit par le caractère de structure ou de système du modèle que l'on peut proposer.


En conclusion, nous dirions que le modèle du psychisme, a d’abord une valeur opératoire, celle d’expliquer la clinique en intégrant dans le modèle les différentes influences qui agissent sur l'individu humain. C'est la position qu'en épistémologie on appelle "intrumentaliste".  On construit un modèle explicatif sans se prononcer sur la nature de son référent réel. Le tout est que le modèle théorique soit efficace, opérant.

Le modèle du psychisme permet de comprendre comment s'intègrent chez un individu les influences relationnelles et sociales, qui passent par le cognitivo-représentationnel, et les influences biologiques qui passent par le neurofonctionnel. L'entité ainsi définie, le psychisme, est un mixte, à la fois neurobiologique et cognitivo-représentationnel.

La mixité du psychisme
Le psychisme tel que décrit par la psychanalyse correspond à ce qui détermine les conduites affectives et relationnelles. Pour avoir un trouble d'une certaine ampleur, il faut nécessairement qu’il y ait un mouvement affectif. Une idée abstraite ne provoque pas de symptômes. Il faut une énergie qui ne peut être que d’ordre affective et d’origine relationnelle. Ce que l’on nomme du terme très flou « énergie » psychique n’est pas du domaine cognitivo-représentationnel. Si force motrice il y a, elle est nécessairement neurofonctionnelle. Mais d'un autre côté, l'expérience montre que cette énergie est en relation avec des souvenirs, des représentations, des raisonnements, qui sont de type cognitivo-représentationnels. Nous définissons donc le psychisme comme entité mixte et liée à l’affectivo-relationnel. Les deux niveaux de fonctionnement cognitivo-représentationnel et neurofonctionnel interviennent dans ce qu’on appelle le psychisme.

Le cadre de la psychopathologie dynamique

La notion de psychisme, au sens moderne du terme, vient de la psychanalyse freudienne qui a essayé de trouver une détermination aux conduites humaines et en particulier à leurs aspects pathologiques. La conception du psychisme qui est proposée ici s'inscrit dans le cadre de la psychopathologie dynamique qui se veut aussi rigoureuse et scientifique qu'il soit possible dans un domaine aussi subjectif.

Le modèle du psychisme est un système abstrait et simplifié qui permet d’expliquer la clinique et de guider la pratique psychothérapique. C'est un schéma du fonctionnement psychique qui se veut simple et pratique. Le modèle renvoie, quant à la nature de son référent, à une entité mixte dont on admet qu'il génère  les conduites, et les symptômes, les traits de caractère, etc, propres à l'homme. 

Avec le modèle du psychisme, nous avons un outil extraordinairement précieux qui rend intelligible une grande partie des conduites humaines et des types de personnalité.  La forme stable de cette organisation psychique correspond à ce qui souvent nommé la "personnalité" ou la "structure de la personnalité". Jean Bergeret, à partir de 1970, a œuvré pour que l’on n'attache pas les termes de névrose et psychose, aux symptômes, aux traits de caractère, ou à une maladie, mais à l’organisation psychique.

Cette appellation de personnalité est un peu abusive, car la personnalité humaine intègre d'autres aspects (par exemple sociologiques, intellectuels) qui ne concernent pas le psychisme tel que nous l'avons défini. Toutefois nous garderons cette apellation, car elle énonce que la psychopathologie dynamique s'adresse à l'ensemble de la personne dans le déroulement de sa vie (et non à des "comportements", ou "troubles", ou des "maladies", qui en sont des aspects parcellisés et réduits). Il s'agit de la personnaté au sens psychologique du terme. Dans la partie clinique nous décrirons des types de personnalités.  

Le référent désigné

Si la clinique permet d’établir des faits, la théorie cherche à en donner une explication rationnelle. Cette explication, dans le champ de la psychopathologie, se synthétise en un modèle que l’on appelle le psychisme ou  la structure  psychique. De quoi cette structure psychique est-elle le modèle ?

C'est difficile à dire, car c’est une entité mixte au sein de laquelle les aspects biologiques et représentationnels sont intimement mêlés. Le modèle proposé est donc celui d’une entité qui n’est pas homogène et à laquelle il est difficile de donner un statut ontologique. De plus, le psychisme par le biais du représentationnel intègre le influences socioculturelles et il en est fortement marqué.

Donnons un exemple simple, en prenant le cas d'un individu ayant des conduites toujours identiques, par exemple quelqu'un qui cherche à avoir systématiquement une position de supériorité. Ce type de relation doit nécessairement être inscrite et mémorisée au sein de cet individu, pour expliquer la constance des conduites. Nous dirons que c'est sous la forme d'un schème relationnel. Ceci étant, il faut préciser ce qu'est ce schème, comment il s'est inscrit et sous quelle forme. Deux hypothèses s'offrent : soit c'est sous une forme neurofonctionnelle, soit sous une forme représentationnelle.

En l'état actuel du savoir personne ne peut donner la formalisation  d'un schème représentationnel, ni les circuits et les formules de traitement des signaux cérébraux mis en oeuvre au niveau neurophysiologique. Comme chaque niveau a une certaine indépendance, la force déterminative de l'un ou de l'autre peut être plus ou moins en jeu. Et là encore, aucune démonstration n'est possible actuellement. On est donc amené à rester flou et à considérer une entité mal définie, dite schème relationnel. C'est vrai pour une grande partie du psychisme.

Le modèle permet de comprendre comment s'intègrent chez un individu donné les influences relationnelles et sociales, qui passent par le représentationnel, et les influences biologiques qui passent par le neurobiologique.

Résumé de la méthode

Nous allons iIlustrer ce qui précède par un schéma. Ici, P symbolise le psychisme et les cercles traversés de flèches les différents systèmes qui le relient à l'environnement.

schéma psychisme 

A partir des faits qui sont les formes signifiantes représentationnelles (paroles, écrits, dessin, productions artistiques etc.,), les conduites observées, les symptômes somatiques, la méthode consiste à construire un modèle qui explique ces faits.

La forme du modèle

Le modèle met en jeu un ensemble de fonctions, d’instances, d’imagos et de mécanismes complexes. L'image du cristal employée par Freud (1932) est intéressante pour situer l'idée de structure. Elle introduit l'idée d'une organisation géométrique stable. Cette analogie introduit cependant un aspect critiquable : celle de formes fixes et bien individualisables. Ceci convient mal au psychisme humain.

Les arguments en faveur d'un modèle souple sont divers. D’abord, la clinique offre souvent des tableaux nuancés, si bien que les structures que l'on construit à partir des cas cliniques ne correspondent pas toujours à une forme bien précise. Ensuite, le psychisme s'édifie progressivement et donc le modèle qui prétend en rendre compte doit être évolutif. Lors de la psychogenèse, les éléments constitutifs du psychisme ne se développent pas à la même vitesse et de la même manière, si bien qu’au terme de l'évolution, on n'a pas un ensemble absolument homogène et cohérent. Enfin, la structure est composée de sous-structures articulées entre elles de façon diverses et il n'y a pas de raisons valables pour considérer que l’ensemble forme un bloc homogène.

Compte tenu qu'il n'y a pas un nombre limité a priori de combinaisons possibles entre éléments, plusieurs types de structurations (organisations) sont envisageables. Dans l'état actuel des connaissances, on décrit trois grands types d’organisation de la structure psychique : structure névrotique, structure psychotique, structure intermédiaire (limite et perverse). Pour chacune, les éléments constituants présentent des particularités (ils sont présents ou absents, plus ou moins investis, plus ou moins efficaces), leurs relations sont différentes (agonistes, antagonistes, tempérées ou pas). Ces types de structures constituent des formes stables et identifiables.


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