Psychisme  Clinique

 LA PERSONNALITÉ NÉVROTIQUE ÉQUILIBRÉE

Patrick Juignet, Psychisme, 2011.

La névrose une des formes d'organisations psychiques dans laquelle la santé est la plus fréquente, en particulier si une continuité affective s'est établie dans la vie de la personne. La personnalité se caractérisant par un équilibre, une adaptation sociale et des périodes pendant lesquelles le sujet va parfaitement bien. La vie humaine étant par nature conflictuelle, cela n'empêche pas les crises, les difficultés relationnelles et sociales.

Nous dressons ce tableau, qui peut paraître inutile en psychopathologie, pour indiquer que notre conception  n'est pas centrée sur"le pathologique" et encore moins sur des "troubles", mais bien sur l'organisation psychique qui prend des formes diverses, dont certaines sont asymptômatiques. 



PLAN



1/ Clinique

L’enfance

L’existence de quelques rites (alimentaires, du coucher) vers trois ans est constante et n’a pas de caractère pathologique, pas plus que l'angoisse qui est fréquente vers quatre ans. Elle se manifeste par des crises anxieuses associées ou des peurs diverses et variables comme la peur du noir ou de certains animaux. L’enfant parait vivant et il s’intègre facilement dans la communauté scolaire. Le développement physique et cognitif est dans le norme par rapport à l’âge. La famille est stable et les rôles correctement assumés. L'adolescence donne lieu a une crise qui correspond au détachement parental et à l'autonomisation avec des marques d'originalités qui en manquent pas d'étonner l'entourage.

Le caractère

Arrivé à l'âge adulte, le caractère ne présente pas de traits saillants. Le sujet est sociable et d’un abord agréable. Le caractère prend toujours une teinte qui caractérise la personne. On dira qu'elle est plutôt froide ou plutôt chaleureuse, plutôt expansive ou plutôt réservée. Mais précisément sur le plan clinique, il s'agit d'un teinte et non d'une accentuation  marquée.

Les conduites

Le sujet est efficace dans les actions entreprises et l'insertion sociale est satisfaisante. Vis-à-vis des autres il n'y a pas de séduction ni de distance, mais une bonne distance qui s'adapte à la situation. La vie relationnelle est cohérente. Le sujet à des amis, des relations de travail, et à partir d'un certain age une famille, des enfants.

La vie sexuelle est satisfaisante. La sexualité est vécue comme quelque chose d'heureux qui n'est ni sale, ni interdit. L’hétérosexualité intègre l’altérité et la différence. C’est une relation globale qui s’adresse à une personne entière, une relation dégagée des aspects dits « partiels ». La liaison avec le courant amoureux, une représentation esthétisée de la sexualité, une forte présence du symbolique permettent une harmonie d’ensemble.

Les symptômes

Il n’y a pas ou peu de symptômes (une petite phobie par exemple). Les circonstances déstabilisantes ne produisent pas de décompensations durables. Les syndromes de bases, comme la dépression et l'angoisse, font partie de la vie humaine. Dans ce cas, ils sont en rapport avec les événements, ils n’ont pas de tonalité particulière, ils sont spontanément réversibles.

L’amour et la passion

L’un des évènement les plus marquant de la vie du névrosé équilibré est le fait de « tomber amoureux ». C’est l’occasion de distinguer, bien qu’ils soient en général associés, le fait d’aimer (l’amour aimant), la passion amoureuse et le désir sexuel. L’aimance est le sentiment éprouvé vis-à-vis d’un référent objectal gratifiant. La passion amoureuse porte (et transporte) le sujet vers un autre idéalisé. Le désir sexuel conduit vers la réalisation d’une union charnelle avec l’autre sexe.

L’évolution

L’évolution de la vie mène le sujet vers une réalisation professionnelle et familiale. La crise du milieu de la vie notion mise en avant par Millet (1994) et correspond à une interrogation sur le bien-fondé de l’orientation prise et la nécessité d’un nouvelle maturation pour passer à l’étape suivante. Elle répond aux problèmes de la quarante-cinquantaine : départ des enfants, carrière professionnelle bornée, conscience de la limitation du temps de vie. Le vieillissement avec les modifications qu’il impose (mise à la retraite, diminution des capacités, changement social) provoque de nouveaux et importants remaniements, parfois difficiles.

2/ Théorisation

Le passage œdipien

Le sujet a réussi une entrée dans le stade génital et franchi l’œdipe si bien qu’il n’y a pas de régression particulière. C’est même ce qui fait la particularité de cette forme issue de la troisième structuration : le problème œdipien, est le dernier parmi les plus fondamentaux que le sujet ait à affronter, et il peut se résoudre. C’est ce qui explique que l’organisation névrotique de la personnalité peut être équilibrée. Du point de vue psychogénétique elle se situe en bout de chaîne. La famille (directe ou étendue) a exercé correctement les fonctions parentales et a fourni des modèles identificatoire suffisant. Ces circonstances, associées à la dynamique propre au sujet ont fait renoncer à la conquête du parent œdipien si bien que l’avenir s’est ouvert. L’individu bénéficie des acquis identificatoires venus des parents et d’une place solide dans le monde humain. Le désir sexuel ayant pris une forme post-génitale permet une satisfaction sexuelle autorisée, valorisée et sans conflit.

L’équilibre psychique

Tous les éléments de la structure fantasmatique gouvernant la sexualité sont présents et bien à leur place. L’objet qui est hétérosexuel et a une dimension d’altérité. Une représentation du phallus existe et elle est liée à l’imago masculine. En regard de l’objet, la structure psychique pose une représentation de soi à laquelle le sujet s’identifie. Cette organisation du psychisme permet une cohérence entre l’organisation pulsionnelle, les identifications, l’idéal et le surmoi. Cette cohérence évite la culpabilité et apporte même un gain narcissique qui se traduit, sur la plan clinique, par une fierté à incarner son propre sexe.

La problématique œdipienne résolue est oubliée et aucun symptôme ne la trahit ; elle laisse seulement derrière elle les traits de caractère correspondant aux aménagements défensifs qui ont eu lieu. C’est ce qui fait que chacun a des traits caractériels qui lui sont propres. Cette organisation évoluée du psychisme n’implique pas que les structures et modes de fonctionnement archaïques aient complètement disparu, mais qu’ils sont recouverts et remaniés par un fonctionnement plus élaboré. Ils peuvent ressurgir si les circonstances relationnelles et socioculturelles le favorisent. La sublimation est un mécanisme de défense qui permet le détournement des aspects prégénitaux résiduels vers des buts sociaux mieux acceptés par le sujet et utile pour les autres. Elle évite les défenses caractérielles et vient parfaire l’équilibre.

Les aspects prégénitaux résiduels persistent sous forme de complexes. Le complexe pathogène est constitué par le cortège de représentations que s’est forgé le sujet à partir des scènes marquantes. Il est relié à une structure fantasmatique à laquelle il donne une forme particulière, l’ensemble jouant un rôle décisif dans l’organisation pulsionnelle. Le complexe interagit en permanence, quoique à des degrés variables selon les moments, sur les conduites du sujet. Il produit une dérivation de l’énergie libidinale et grève les formes fantasmatiques évoluées (qui existent sous une forme ou une autre dans la névrose) en leur opposant un contrepoint contradictoire. C’est le résultat présent dans la structure psychique, des fixations du passées. L’impact est faible dans la forme équilibrée, mais prend de l’importance dans les autres formes.

L’évolution post-génitale

Le franchissement de l’œdipe permet une poursuite de l’évolution à l’adolescence et au début de l’âge adulte. On peut proposer le terme de post-génital pour cette ultime évolution. Le désir devient désir de l’autre et même désir du désir de l’autre. C’est ce qui rend impossible la localisation de l’objet en un référent corporel précis. La réciprocité des places de chacun, homme et femme, fixées dans l’ordonnancement humain vient s’intégrer au désir. Le désir sexuel mature, certes, s’appuie sur la mise en jeu des objets et des structures fantasmatiques génitalisées, mais en plus il intègre la dimension de l’altérité et vient s’inscrire pleinement dans le symbolique. Le désir sexuel porte sur un référent objectal pourvu d’altérité. Le corps global sexué, comportant le phallus chez l’homme et le vagin chez la femme, est celui d’un sujet qui possède une altérité et un désir propre. L’interaction des désirs (le désir de l’un se nourrissant du désir de l’autre), est la marque d’une hétérosexualité au sens plein du terme.

L’autre et l’idéal

La passion joue sur une imago idéalisée de l’autre sexe, même et autre parfait, qui renvoie à l’altérité et permet en même temps une identification particulière : elle permet au sujet un rapport à l’idéal. La séduction satisfaite donne l’impression d’incarner une figure idéale ce qui explique l’exaltation de nature narcissique, qui caractérise la passion amoureuse.

L’amour aimant renvoie à l’investissement d’objet qui, grâce à un référent objectal gratifiant, permet le flux libidinal réglé par les diverses structures fantasmatiques (de différents niveaux) de s’écouler. Dans ce cas, l’affaire est libidinale.


Haut de page          Retour portail Clinique