Psychisme  Clinique

Personnalité histrionique

Patrick Juignet, Psychisme, 2011.

Nous proposons ici une forme clinique originale qu'il est difficile de situer car, selon les cas, elle entre dans la sphère intermédiaire (limite) ou bien psychotique*.

Pour ces cas, on parle parfois d'hystérie grave. Si l'hystérie est névrotique cela ne convient pas, car ici l'organisation psychique n'est pas de type névrotique. L’idée de psychose hystérique date de Charcot et a été reprise aussi bien par Jung et Freud, mais toujours de manière ponctuelle et marginale.

La forme décrite cumule des manifestations somatiques fonctionnelles (type conversion) avec le théatralisme et des crises paroxystiques. La problématique sexuelle et amoureuse a une forte importance. Mais la psychisme a un fonctionnement archaïque qui n'évoque pas la névrose, nous avons adopté le qualificatif d’histrionique la distinguer de l'hystérie.

Note * : Nous employons ces termes (limite et psychotique) comme catégorie d’organisation psychique donc la principale détermination est relationnelle (voir Classification par pôles) et non pour les maladies multifactorielles comme la schizophrénie.


PLAN



1. CLINIQUE

L’enfance

Les manifestations précoces sont diverses dès trois ans. Comme dans les cas précédents on trouve une relation fusionnelle et ambivalente avec la mère. Des difficultés relationnelles se manifestant par une forte jalousie vis-à-vis de la fratrie ou des camarades. Ces enfants ont des difficultés d’endormissement ou sont agités de cauchemars. On voit aussi des aspects de régression langage et attitudes « bébé ». On remarque des troubles de l’alimentation, des plaintes corporelles (maux de ventre) et des somatisations (dermatoses, asthme, troubles digestifs, maladies à répétition). Il se produit parfois des difficultés scolaires bien que les capacités soient satisfaisantes. À l’adolescence, la vie devient chaotique : fugues, dispute avec les parents, épisodes d’anorexie, vie marginale, toxicomanie, alcoolisme. Le sujet ne peut plus suivre des études correctement.

Le caractère

On trouve un certain nombre de traits caractéristiques : égocentrisme, influençabilité, séduction, théâtralisme, demande, préoccupations corporelles constantes, mauvais contrôle, pensée magique.

L’histrionique est centrée essentiellement sur elle-même manifeste une importante dépendance et a des difficultés à assumer sa vie en tenant compte des autres. Malgré l’attitude plutôt séductrice, la coquetterie, le contact n’est pas très bon. La séduction paraît forcée, le théâtralisme est important et prend une forme accentuée : l’histrionique se vante, falsifie les faits, se fait passer pour autre. Les vêtements sont parfois extravagants, comme des costumes de théâtre.

Le besoin de valorisation, l’avidité affective, provoque une demande mal adaptée au contexte si bien que l'histrionique paraît « collante » à l’entourage. Faible, elle est très influençable et donc versatile.

La quête de l’amour de l’autre en tant que figure idéale prend volontiers une allure passionnelle parfois mystique. Les préoccupations corporelles sont constantes au point qu’elles en deviennent un trait de caractère. Soins, parure, ou, à l’inverse, douleurs ou anomalies, ou encore ascétisme et mortifications, tout est occasion de s’occuper et de se préoccuper du corps qui est une source d’activité et d’actes constant. On remarque une fragilité relationnelle, la tendance à se sentir agressé qui provoque des colères qui correspondent à une tendance persécutive et au mauvais contrôle émotionnel. La pensée magique (prémonitions signes parapsychologie) revient constamment. L’histrionique a une grande fausseté de jugement tant sur elle même que sur les situations.

Conduite et relations.

Comme dans la forme précédente on trouve un attachement ambivalent aux parents qui persiste à l’âge adulte et entraîne une demande toujours déçue. Il s’ensuit des relations violentes et variables avec eux.

Une assez grande diversité d’attitudes qui rendent le diagnostic difficile car on peut aussi bien avoir une coquetterie et une séduction mais aussi une masculinité assez marquée, des provocations nombreuses. Les relations dans la vie courante (professionnelles et amicales) sont toujours difficiles car vivement affectisées, marquées par une demande revendiquante et teintées par la persécution. Elles sont donc peu durables.

La vie est généralement active mais chaotique avec de nombreuses péripéties : des emplois changeants, des déménagements, des départs à l’étranger, des retours dans la famille, etc. On trouve des épisodes toxicomaniaques. La vie sexuelle et amoureuse est aussi très variable d’un cas à l’autre et au cours de la vie mais jamais satisfaisante : du célibat à la passion amoureuse en passant par l’abstinence ou la prostitution. On peut aussi trouver des troubles des conduites alimentaires, comme la boulimie et l’anorexie, l’une et l’autre étroitement liées aux préoccupations corporelles, ce qui fait alterner des épisodes d’obésité et d’amaigrissement.

La mythomanie et croyances

Plasticité, influençabilité, théâtralisme, se combinent pour engendrer la mythomanie. L’histrionique invente des histoires en particulier de célébrité cachée, de séduction par un personnage important, de viol imaginaire et parfois porter plainte afin de donner corps à son histoire.

Le paranormal existe toujours sous une forme ou une autre : somnambulisme romanesque, dédoublement de personnalité, voyance, communication avec les esprits, phénomènes surnaturels, possession, vie antérieure, intervention de dieu, miracles, etc. que le sujet en est l’agent, la victime ou le témoin.

Les crises et le délire

Les crises sont diverses. Ce peut être des crises de nerf au sens populaire du terme : cris, agitation, bris d’objets, agressivité, rires, larmes. À un degré de plus on trouve ces crises convulsives, des états seconds, des visions proches de l’hallucination, des discours en langues inconnues. Ces crises peuvent avoir un mode mystique comme la possession par Dieu, par le diable, par des esprits, ou encore prendre la forme d’extases.

lAffabulation et mythomanie peuvent, se tranformer en un délire. En général dû à des circonstances particulières (dépit amoureux, espoir déçu). Il y une résolution spontanée s’il y a une éviction de la situation. La structure du délire est lâche, il se développe en un réseau flou à partir d’intuitions et interprétation, d’illusions. Il est empreint de théâtralisme. En fait la forme est souvent proche de celle de la bouffée délirante et parfois en prend la tournure onirique. Ce délire a été décrit initialement par Chazeau et Follin (1961) sous l’appellation de « psychose hystérique ». Les thèmes délirants sont érotiques, mystiques, sentimentaux et passionnels.

Crises et délire peuvent se mélanger et ont en commun une tonalité onirique et théâtrale. Ils correspondent à des scénarios vécus sur un mode dramatique. Ces épisodes sont récidivants. Les tentatives de suicides ne sont pas rares. 

Symptômes corporels

Les préoccupations sur le corps sont constantes pouvant avoir des formes opposées. Troubles somatiques fonctionnel de tous types. Constants et récidivants, ils n’ont pas le même aspect que les somatisations conversives de l’hystérie. Ils sont prononcés et la belle indifférence manque, car ils prennent une allure sub-délirante. Il sont en effet en rapport avec un manque de contrôle et d’unité du corps et parfois prennent une allure de morcellement voire hypochondriaque (membre séparé, n’obéissant plus, organe atteint ou disparu). Les dysmorphophobies sont des inquiétudes intenses portant sur l’apparence corporelle. Portant électivement sur une ou quelques parties, elles correspondent à une vision délirante du corps qui apparaît au sujet déformé amplifié. Ces préoccupations peuvent donner lieu à des demandes de chirurgie esthétique, qui évidemment ne résoudra pas le problème.

Evolution

En général elle est spontanément peu favorable. Les attitudes difficilement supportables par l’entourage, les crises répétées, l’instabilité, provoquent un rejet et une désinsertion sociale. Les tentatives de suicide peuvent réussir.

On n' est pas à l'abrit de réctions revendiquatives de formes paranoïaque car la déception peut engendrer une blessure narcissique et de la haine. (voir : § les réactions de type paranoïaques, dans l'article Personnalité paranoïaque)

2. THÉORISATION

œdipe sans névrose

On s’étonne parfois de trouver des problèmes sexuels et oedipiens hors du pôle névrotique. L’explication est très simple. Les problèmes de la première structuration n’arrêtent pas l’évolution et n’empêchent donc pas un abord du problème œdipien. Bien sûr, ils en rendent la résolution impossible. On peut même penser, comme Lébovici en a fait l’hypothèse, qu’il y a dans certains cas une œdipification de surface comme tentative de réorganisation de la psychose.

Les problèmes œdipiens ont dans cette forme une expression particulièrement crue et directe. Et en cela la psychose se différencie de la névrose pôle dans lequel les tendances sont refoulées et recouvertes par les défenses. Ici elles apparaissent directement, de manière théâtralisée et à peine voilée. En même temps, les imagos parentales mises en jeux sont archaïques. La mère est terrifiante et le père tout puissant. La quête d’amour prend ici une allure absolue, recherche d’un autre parfait, qui renvoie à une imago parentale idéalisée archaïque toute puissante et toute comblante. De nombreux symptômes peuvent être interprétés comme un œdipe psychotique, c’est-à-dire se jouant sur un mode archaïque.

Décompensations

Si les fonctions, symbolique et réalitaire, faiblissent, l’histrionique croit avoir trouvé son idéal : c’est l’illusion érotomaniaque. Le délire exprime directement les thèmes oedipiens et la blessure narcissique qui du coup trouve une compensation mégalomaniaque particulière : être aimée d’un personnage tout puissant. L’envahissement imaginaire de la subjectivité est important car la fonction imaginative pend le dessus et donne un caractère romanesque et même rocambolesque au délire.

Le trouble de la sexuation donne une revendication phallique intense qui apparaît ici sans masque. Sous la forme d’un attitude masculine ou de fantasmes et rêve de phallus, volonté de changer, d’état-civil ou encore d’une féminité d’emprunt, revendiquante, ostentatoire et autoritaire, équivalent phallique. Dans les rares cas masculins, on trouve l’inverse : féminité, transsexualisme. C’est toute la sexuation qui a échoué et est remise sans cesse sur le tapis, avec derrière cette interrogation sur l’identité sexuée, une profonde angoisse sur l’identité tout court et des tentations fusionnelles régressives vers un état prénarcissique sans individuation.

Pas d'altérité

Outre la simple question de terminologie, et bien que ce soit envisageable, nous n’avons pas repris le terme d’hystérie pour une raison assez profonde sur le plan psychopathologique. La psychose histrionique manifeste une différence fondamentale d’avec la névrose hystérique. Dans sa quête l’hystérique s’adresse à l’autre alors que pour l’histrionique l’autre concret n’est pas un référent objectal génitalisé et il n’a pas d’altérité. Il peut seulement, à certains moments, être l’objet d’une projection qui l’idéalise. Le type de relation possible est donc bien différent. L’autre peut être utilisé, mystifié, ça n’a aucune importance, c’est un personnage du théâtre personnel du sujet.

 

BIBLIOGRAPHIE

Achaintre A., Bergeret J. (1986), « Sur les origines du mécanisme psychotique », in Revue française de psychanalyse, N°5, 1986.

De Clérambault (1923), L’érotomanie, Paris, Synthélabo, 1993.

Follin S., Chazaud J., Pilon L. (1961), « Cas clinique de psychoses hystériques », in L’évolution psychiatrique, Toulouse, Privat, n° XXVI, 1961.

Kretschmer E.( 1927), Paranoïa et sensibilité, Paris, Gérard Monfort, 1963.

Kress-Rosen N., « Folies de l’hystérie », in Du côté de l’hystérie, Strasbourg, Arcanes, 1999.

Freud S. (1924), « Névrose et psychose »,  (1924) « La perte de la réalité dans la névrose et dans la psychose », in Névrose, psychose, perversion, Paris, P.U.F., 1973.

Gimenez G. (2000), Clinique de l’hallucination psychotique, Paris, Dunod, 2000.

Lacan J. (1956), Le séminaire III Les psychoses , Paris, Seuil, 1981.

Lébovici S., Kesternberg E. (1978), Le devenir des enfants psychotiques, Paris, PUF, 1978.

Maleval J-C. (1980), Folies hystérique et folies dissociatives, Paris, Payot, 1991.

Marcelli D. (1999), « Autisme infantile et psychoses chez l’enfant », in Enfance et psychopathologie, Paris, Masson, 1999.

Mises R. (1974), « Du côté des psychoses », in Cinq études de psychopathologie de l’enfant, Toulouse, Privat, 1981.

Selvini M. (1974), Self-starvation, New-York, Jason aronson 1974.

Vincent Th. (1995), La psychose freudienne, Paris-Strasbourg, Arcanes, 1995. (1996) La clinique psychanalytique de la psychose de Sullivan à Lacan, Paris-Strasbourg, Arcanes, 1996.



Haut de page          Retour vers le portail Clinique